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Le Groupe Chaleur

Musée Naval de Québec


Le groupe Chaleur

[N. D. L. R. Les appellations Groupe Chaleur, Chaleur III et Chaleur IV sont des dénominations personnelles de l'auteur pour différencier les diverses installations dans la ville de Québec et sur l'Île d'Orléans. L'appellation NCSM Chaleur I est souvent utilisée bien que rien n'indique que le petit navire ait été commissionné. Quant au NCSM Chaleur II cette dénomination est officielle.]


Le Groupe Chaleur sur Flickr


Le NCSM Chaleur I
Chaleur I appelle... le Chaleur IV... over !
 
En septembre 1939, lors du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, la Marine royale canadienne est vraiment à court d'unités pour patrouiller et pour protéger le fleuve Saint-Laurent en aval de Québec. Face à l'urgence de la situation, deux vedettes identiques, jusqu'à ce jour rattachées à la Gendarmerie royale canadienne passent alors sous l'autorité de la Marine royale canadienne. Baptisés respectivement NCSM Chaleur I et NCSM Madawaska, ces deux navires constituent l'amorce de l'unité défensive identifiée comme Le Groupe Chaleur.

Mesurant 72 pieds de longueur et portant un équipage de 10 hommes, le NCSM Chaleur I n'est armé que d'une mitrailleuse d'un type archaïque et n'est aucunement équipé pour la chasse aux sous-marins. Basée au quai de Saint-Jean, le d'Orléans, la vedette NCSM Chaleur I patrouille la voie maritime, inspectant tout navire se dirigeant vers Québec. Deux autres navires complètent l'armada mise au service du bureau du N.O.I.C. Québec (Naval Officer In Charge/ Officier naval responsable), nommé NCSM Chaleur II soit : le Lanoraie, un remorqueur équipé d'une lance à incendie et le Druid, un navire de service pour les bouées et les phares. Par grandes mers, c'est le remorqueur de haute mer NCSM Maxime qui prend occasionnellement la relève du NCSM Chaleur I.

Suite au torpillage des cargos SS Nicoya et SS Leto à l'embouchure du fleuve les 11 et 12 mai 1942, au NCSM Chaleur II, s'ajoutent les bases de surveillance P.W.S.S. – Port War Signal Station (Chaleur III) à la pointe Saint-Jean, le d'Orléans et D.G.R.S. – Degaussing Gear Range Station (Chaleur IV) à Rivière-Lafleur, complétant ainsi l'effort défensif de la Marine royale canadienne en aval de Québec. Considérée comme une unité de commandement importante, la direction de ce Groupe Chaleur est assurée au fil des ans par les commandants R.L. Germain (septembre 1939), L.J.M. Gauvreau (décembre 1941) et F.B. Latchmore qui prend l'intérim en 1945.

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Le NCSM Chaleur II
N.O.I.C. – NAVAL OFFICER IN CHARGE – 1940

La bataille du Saint-Laurent

Principale base du Groupe Chaleur, les bureaux du NCSM Chaleur II sont localisés au Port de Québec sur le site même où en 1995, on construira l'École navale des Forces canadiennes, Québec et le Musée naval de Québec, ce dernier étant dédié au Lieutenant-Commander Stanislas Déry, RCNVR. D'ailleurs, dès la mise en service des installations à Saint-Jean, le d'Orléans, monsieur Déry dit avoir été un des premiers officiers dépêchés sur l'le afin d'y superviser les opérations de surveillance maritime.

Secrets de l'onde
 
Voisin du NCSM Chaleur II avec ses deux étages de dortoirs où quelques 150 marins peuvent suspendre leur hamac pour la nuit et prendre leurs repas avant de s'embarquer sur une vedette, un autre édifice surplombe le fleuve à partir de la Pointe-à-Carcy. C'est de là que sont dirigées les opérations de surveillance du fleuve et de mise en place de convois de navires escortés vers le golfe Saint-Laurent.

Ces convois se positionnent entre l'Île Madame et Pointe-au-Père, sous l'oeil vigilant des vedettes NCSM Chaleur I, Maxime et Madawaska, qui sont ensuite relevées par d'autres navires d'escorte de la Marine royale canadienne pour le trajet vers l'Atlantique et l'Europe.

Légèrement à l'ouest de ces deux édifices, une rade permet aux vedettes du Groupe Chaleur d'accoster pour le ravitaillement ou pour le transport de matériel vers le quai de Saint-Jean, le d'Orléans.

Des bureaux du N.O.I.C. Québec, on veille également aux dépôts de munitions du chemin du Foulon et du Fort No. 2 à Lauzon, tout en supervisant diverses activités de logistique telles que : faire réparer au chantier naval de Saint-Laurent-de-l'Île-d'Orléans la proue du Madawaska qui, en 1941, a été éventrée par une goélette naviguant de nuit feux éteints pour ne pas être repérée ou, l'affréter en 1944, pour amener des savants américains à Grosse-Île, où l'on effectue le développement d'armes chimiques. En l'an 2000, certaines activités du Groupe Chaleur étaient encore classées Top Secret.

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Le NCSM Chaleur III
P.W.S.S. – PORT WAR SIGNAL STATION – 1940

Enfants du village apeurés !

« À Saint-Jean, plus qu'ailleurs dans l'le, l'atmosphère militaire était lourde. Bruit des sifflets de bateaux plus nombreux indiquant leur port d'attache qu'enregistrait le service des signaux, les vedettes Madawaska, Chaleur I et Maxime, qui sillonnaient le fleuve, dont les officiers inspectaient les navires. À Saint-Jean, le fameux camp militaire ne rassurait personne. »

Extrait tiré de l'ouvrage de Raymond Létourneau,
Saint-Jean – Un visage de l'Île d'Orléans.

La guerre s'étendant subrepticement vers le fleuve Saint-Laurent, la protection du Port de Québec, alors deuxième point de ravitaillement en importance après Halifax, nécessite la création d'un avant-poste de surveillance sur l'Île d'Orléans. Dans un premier temps, les officiers et les marins du Groupe Chaleur logent à l'Hôtel Barette, en plein coeur du village de Saint-Jean, à deux pas du quai. Pendant ce temps, non loin de là, à l'automne 1940, un camp militaire est érigé à la pointe Saint-Jean sur une terre riveraine louée de monsieur Albert Blouin semble-t-il, pour y monter des tentes. Ce fut le cas, mais... peu de temps après, alors que le propriétaire revient d'un voyage, il constate que sa terre louée pour des tentes s'est soudainement transformée en un immense chantier de construction militaire. On y construit en vitesse trois baraques en forme de H pour loger 60 soldats et 20 marins, un quartier des officiers pour l'armée et un pour la marine, un poste d'observation, une cuisine et une grande salle à manger, divers abris et des voies d'accès.

En guise de compensation, les locaux et les édifices du Port War Signal Station, Chaleur III, allaient être cédés au propriétaire du terrain après le conflit. C'est ainsi que le Chaleur III devint L'Auberge des sorciers, un complexe hôtelier réputé pour ses spectacles et ses soirées de danse. En 1959, après 17 ans d'opération, monsieur Blouin a mis l'auberge en vente. L'ensemble des bâtiments furent détruits dans les années 1960.

À coups de canon!
 
Les soldats basés au Chaleur III relèvent de la 59e Batterie d'artillerie de campagne du Fort de la Martinière à Lauzon. Bien que la menace provienne du fleuve, leur présence sur l'le vise à faire face à toute éventualité, tel cet appel en renfort du Chaleur IV, à Rivière-Lafleur, alors qu'on craint un débarquement. Équipés de deux canons de 18 livres pointés vers le fleuve, les soldats peuvent également venir en aide aux vedettes en cas d'extrême nécessité. Un jour, un bateau passager affecté au transport de troupes, qui remonte le fleuve vers Québec refuse de s'arrêter pour inspection. Navire allié ou pas, il a droit à une salve de canon pour finalement stopper ses machines, car plus en amont, ce sont les gros canons du Fort de la Martinière qui auraient pris la relève.

Du haut de la tour d'observation, les marins surveillent le va-et-vient des navires, de jour comme de nuit. Équipés de deux search-lights, de puissants projecteurs directionnels permettant la nuit de balayer la surface du fleuve jusqu'au village de Saint-Vallier sur la rive sud, rien n'échappe à la vigie. De nuit, de petites goélettes tentaient de passer au gré du courant sans se faire remarquer, longeant la rive les feux de position et le moteur éteints pour éviter l'inspection. L'une d'elle tomba soudainement sous les projecteurs, et c'est à coups de canon qu'on lui signifia de s'arrêter. Elle fut arraisonnée par les vedettes et échouée sur la grève au quai de Saint-Jean. Jean-Marie Blouin, signaleur et gardien de phare au quai de Saint-Jean, raconte également qu'en plein jour, une autre goélette récalcitrante aurait été semoncée du bout du quai par des marins à bord du NCSM Chaleur I, à coups de carabine 303. Une fois inspectés, les navires devaient arborer au mât des fanions ou un code de lumières de couleur spécifique, s'ils voulaient atteindre Québec sans encombre.

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Le NCSM Chaleur IV

Nord
Ouest
Sud
Est


LE CHALEUR IV — FAÇADE NORD
D.G.R.S. – DEGAUSSING GEAR RANGE STATION – 1942

Au large de la côte gaspésienne, peu avant minuit le 11 mai 1942, le cargo SS Nicoya est touché par deux torpilles du sous-marin allemand U-553 et sombre rapidement au fond du Saint-Laurent. Trois heures plus tard, sous le commandement du Kapitänleutnant Thurmann, le submersible de 220 pieds de long constitué de 44 membres d'équipage réserve le même sort au cargo hollandais SS Leto. Cette double tragédie maritime dans laquelle 18 marins perdirent la vie, marque le début de la bataille du Saint-Laurent.

Alerté par les naufragés que l'on transporte à l'hôpital de Gaspé, la réaction du ministère de la Défense est immédiate. Trois semaines plus tard, le 5 juin 1942, la marine exproprie une partie du lot 268 pour y ériger un poste d'observation, de télécommunication et de télédétection des sous-marins ennemis susceptibles de se frayer un chemin vers Québec. Ce bâtiment est le quatrième et seul survivant du Groupe Chaleur, une unité de commandement alors composée du navire NCSM Chaleur I, du Quartier général NCSM Chaleur II au Vieux-Port de Québec et, du P.W.S.S. - Port War Signal Station (Chaleur III) à la pointe Saint-Jean, ainsi que du D.G.R.S. - Degaussing Gear Range Station (Chaleur IV) à Rivière-Lafleur, à Saint-Jean, Île d'Orléans.

Maquillé de gris camouflage, le Chaleur IV est équipé d'appareils de télédétection sophistiqués dont un asdic (Allied Submarine Detection Investigation Commitee), tout nouveau système de détection anti-sous-marine à ultrasons, mis au point en Angleterre en 1939. Ancêtre de l'actuel sonar (Sound Navigation and Ranging), cet asdic est localisé dans la pièce sud-est d'où il est relié à un câble sous-marin, fabriqué par la compagnie Northern Electric, s'étendant jusqu'au milieu du fleuve. Face à l'éventuelle présence de mines ou de torpilles magnétiques ennemies, seul le Chaleur IV et une deuxième station localisée à Halifax sont équipés d'un système de détection du champ magnétique émis par la coque des navires. Si le niveau d'émission mesuré en Gauss est trop élevé, le navire doit alors rebrousser chemin vers Québec pour la vérification de son système électrique. Scrutant jour et nuit la surface du fleuve du haut de la galerie d'observation surplombant le petit édifice, à l'écoute des ondes et de l'onde, le Chaleur IV est habité à l'époque par sept jeunes marins anglophones dont : Gordon Graham, officier; Harry Scott, marin; Rex Taylor, marin; Douglas Cronk, marin; et William Beney, marin.

Alerte générale !

Tandis qu'une véritable psychose s'installe chez les Québécois à qui les autorités cachent toute nouvelle incursion ennemie dans le fleuve, le carnage se poursuit, plus d'une vingtaine de navires marchands et militaires étant la proie des U-Boots allemands sur le Saint-Laurent. Le 14 octobre 1944, face à Pointe-des-Monts, un dernier intrus dans le fleuve Saint-Laurent, le U-1223, torpille en plein jour le NCSM Magog, tuant sur le coup trois de ses marins. Officiellement, on ne rapporte pas de présence ennemie en amont de Rimouski mais une certaine nuit d'automne 1942, la vigie du Chaleur IV aurait détecté l'approche rapide d'une étrange lueur bleuâtre sous-marine se dirigeant vers la rivière Lafleur. Craignant une attaque du camp ou un débarquement, l'alerte fut immédiatement donnée et un détachement armé du Chaleur III fut dépêché sur les lieux pour patrouiller la grève et les alentours.

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LE CHALEUR IV — FAÇADE OUEST
D.G.R.S. – DEGAUSSING GEAR RANGE STATION – 1942

Ultrasecret!
 
Il existe très peu d'archives photographiques du Chaleur IV du temps de la Deuxième Guerre, compte tenu de la Loi des mesures de guerre interdisant au public de photographier des installations militaires. Ces quelques photographies à caractère non stratégique sont alors prises « de l'intérieur », soit par le marin Harry Scott, photographe de profession. De plus, la Marine royale canadienne cherchant à cacher au simple citoyen les incursions ennemies dans le fleuve, il va de soi que les opérations du Groupe Chaleur sont ultrasecrètes, bien que peu discrètes pour le voisinage de Rivière-Lafleur. Les règlements sont sévères et, outre la longue marche des marins pour se rendre à l'église de Saint-Jean le dimanche, ils sortent peu. Au-delà de la clôture de broche qui entoure le camp, c'est une barrière linguistique qui assure la meilleure discrétion face aux voisins. Mais de l'autre côté de la rue, il y a Alfred Gendreau, un ingénieur retraité de la marine, qui parle un « anglais de bateau » et qui comprend tout. Les marins sont toutefois autorisés à lui rendre visite, question de se divertir, et c'est par le biais de Marcelle Paradis (Boucher), la nièce de cet oncle Alfred à « la bouche cousue », que ces quelques photographies se sont rendues jusqu'à nous.

À l'époque, parmi les bases et les établissements de la Marine royale canadienne, le Groupe Chaleur est considéré comme une unité de commandement importante et régulièrement, le commandant du Groupe, L.J.M. Gauvreau, se pointe le nez pour surveiller les opérations du Chaleur IV. Mais « quand le chat n'est pas là » , faute de sous-marins en vue, les marins prennent soin de plusieurs chatons et occupent leurs moments libres à divertir les enfants de l'école de rang voisine, où enseigne la nièce de l'oncle Alfred. Ainsi, pendant les récréations ou à l'heure du dner, les jeunes viennent au camp pour jouer au football avec les marins. À l'halloween 1942, les marins préparent aux jeunes une belle surprise pour leur sortie de l'école, en coiffant chacun des poteaux de clôture du camp d'une grosse citrouille éclairée à la chandelle.

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LE CHALEUR IV — FAÇADE SUD
D.G.R.S. – DEGAUSSING GEAR RANGE STATION – 1942

Abandonné par la marine pendant quelques années, le Chaleur IV fait l'objet de nombreux pillages, incluant les équipements de plomberie et les saccages intérieurs. Mais la fenestration et certains éléments architecturaux représentés sur une photographie de la façade sud prise en mai 1950, permettent toutefois d'y faire revivre les diverses fonctions militaires qu'il abritait.

Par la fenêtre...

Ainsi à l'extrême gauche, derrière la guérite utilisée comme rangement d'instruments de signalisation, se trouve le dortoir des marins qui se prolonge en un espace de séjour éclairé par un ensemble de trois fenêtres.

Deux salles de toilettes dont une derrière la petite fenêtre et l'autre centrale avec douche, desservent respectivement le dortoir des marins et les quartiers de l'officier Graham.

Largement fenestré sur le fleuve par une baie vitrée donnant sur le petit balcon, le Quartier général du Chaleur IV est attenant à la salle des opérations à l'extrême droite. Malgré la grande dimension de cette salle de télécommunications, là où est localisé l'asdic, une seule fenêtre éclaire cette pièce pour des raisons de sécurité d'une part, mais aussi parce qu'on y effectue dans l'obscurité le développement de photographies de navires suspects.

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LE CHALEUR IV — FAÇADE EST
D.G.R.S. – DEGAUSSING GEAR RANGE STATION – 1942

Vu de la grève en contre-plongée au printemps 1950, le Chaleur IV est alors laissé au gré de dame nature qui n'en prend guère soin. Le câble sous-marin se rompant constamment sous l'effet des glaces en hiver, la marine abandonne le camp dès sa deuxième année d'opération. C'est pourtant de cette baraque, seul vestige de la bataille du Saint-Laurent sur l'Île d'Orléans, qu'on apprend, impuissant dès les premiers six mois d'opération, la destruction d'une vingtaine de navires marchands et de deux navires de guerre. Malgré l'organisation de convois escortés, on dénombre des centaines de victimes dont environ 130 lors du seul torpillage du traversier SS Caribou, le 14 octobre 1942. L'attaque sournoise des U-Boots allemands s'effectue bien en aval du Chaleur IV mais la surveillance par le Groupe Chaleur s'effectue ici, à l'Île d'Orléans, pour trois raisons. Outre la proximité du Port de Québec, la marine dispose de peu de ressources, les effectifs et les navires étant alors affectés en Europe, et concentre son effort défensif sur cette portion étroite du fleuve, entre l'Île d'Orléans et la Rive-Sud. D'autre part, la technologie de l'asdic (sonar) de l'époque ne peut pas être utilisée plus en aval car, la rencontre de l'eau froide et salée de la mer avec l'eau chaude et douce du fleuve nuit à la détection.

Un raz-de-marée!

Suite à cette amère défaite du Canada et aux centaines de victimes de la bataille du Saint-Laurent, voilà que ce même fleuve quitte son lit et s'en prend maintenant au Chaleur IV. Ainsi, dans l'après-midi du 30 novembre 1944 un premier soubresaut de l'hiver vient balayer la région de Québec, arrachant des toitures et inondant les parties basses de la ville. Si à Québec, on parle de 10 pouces de neige poussée par des vents d'ouragan ici, à Rivière-Lafleur, on assiste impuissant à un réel raz-de-marée.

Ce jour là, à la faveur des grandes marées d'automne, le fleuve est venu littéralement gruger le sol sous le coin sud-est du Chaleur IV, là ou était localisé l'asdic, mettant à nu les assises de béton des appareils de détection et le mystérieux câble sous-marin.
 
Pendant ce temps, de l'autre côté de la rue, à la vieille maison Blouin on lutte tant bien que mal contre un violent feu de cheminée qui dura plusieurs heures. Isolés par la tempête, coupés du village par l'eau du fleuve qui passe par-dessus le vieux pont de la rivière Lafleur et sans téléphone, il ne reste qu'aux habitants la prière pour combattre l'incendie. Rolande Blouin, qui fête son quatorzième anniversaire de naissance ce même jour, raconte que les tisons s'échappant de la cheminée étaient poussés par le vent violent jusqu'à la vieille école de rang. Tandis qu'on récite le chapelet et badigeonne la cheminée de croix à l'huile Saint-Joseph, la voisine mademoiselle Paradis appose des annales de Sainte-Anne à sa fenêtre. Pendant ce temps, le fleuve emporte d'un morceau la porcherie voisine du Chaleur IV, quelques instants après que monsieur Adrien Blouin eut évacué le dernier animal. C'est finalement l'oncle Alfred Gendreau qui vient à bout de l'incendie en utilisant du gros sel. Au lendemain de la tempête, la grève est parsemée de débris de maisons et même de meubles provenant du village de Saint-Jean.

L'année suivante, la marine se départit du vieux Chaleur IV en ruines, qui est racheté de J.A. Giguère le 19 mai 1950 par Lionel Roussin, pour un montant de 2 800$. On y plante des rangées de pins, répare et entretient le bâtiment pendant plus de quarante ans. Vieux d'un demi-siècle, il est racheté de la Succession Lionel Roussin par Jacques Roussin, le 7 octobre 1993.

© 2001 Musée naval de Québec. Tous droits réservés Jacques Roussin

*Collaboration spéciale de Jacques Roussin

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Date de modification :
2012-04-20