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Navires perdus dans le Saint-Laurent en 1942 et 1944

Navires militaires perdus dans le Saint-Laurent en 1942 et 1944

HMCS Bras d'Or

Perte de la trace du navire le 19 octobre 1940

Dans le golfe du Saint-Laurent

Le Bras d'Or part le 17 octobre 1940 de Clarke City sur la Côte-Nord pour escorter un navire marchand jusqu'à Sydney en Nouvelle-Écosse. Aperçu devant Gaspé le 18 octobre, il disparat par la suite sans lancer aucun signal de détresse. Le 4 novembre 1940, le Service naval d'Ottawa annonce la perte définitive de ce dragueur de mines. Emportant le détail des événements et la vie des quelques 30 membres d'équipage, cette tragédie ne sera jamais vraiment élucidée. On présumera, entre autres, que le navire s'est perdu au cours d'une tempête.

HMCS Raccoon

Torpillé la nuit du 6 au 7 septembre 1942 À la hauteur de Rivière-la-Madeleine

Durant cette nuit, le U-165 attaque le convoi QS-33 escorté par le yacht armé HMCS Raccoon. Quelque temps plus tard, le navire part à la recherche du sous-marin et disparat après un bruit de forte explosion. Les autres membres du convoi supposent alors que le sous-marin a coulé le yacht. Cependant, il est possible que l'explosion du Raccoon ait été causée par ses propres grenades sous-marines. Pas très rapide, il n'aurait pas eu le temps nécessaire pour se dégager du lieu d'explosion.

HMCS Charlottetown

Torpillé le 11 septembre 1942 Près de Cap-Chat

Le matin du 11 septembre 1942, la corvette HMCS Charlottetown et le dragueur de mines HMCS Clayoquot retournent à leur base d'attache à Gaspé. Ils viennent d'effectuer avec succès une escorte de convoi de Sydney en Nouvelle-Écosse vers Québec.

N'ayant pas fait le plein de carburant à Rimouski, les deux bâtiments naviguent lentement en n'effectuant pas les zigzags requis afin de tromper les calculs d'un éventuel attaquant. Le HMCS Charlottetown reçoit deux torpilles du U-517 et coule en moins de 4 minutes. Dix membres d'équipage sont perdus.

« 'Tiens-toi après le bord'. Je me suis tenu après le bord un peu, mais pas longtemps parce que j'étais rendu à bout. 'Si vous me laissez pas embarquer, moi je me laisse aller' Donc j'ai deux copains, [...] qui se sont sacrifiés [...]. Ils m'ont embarqué pis ils m'ont allongé dans le fond de la chaloupe. »

Léon-Paul Fortin

Survivant du HMCS Charlottetow

« I went to breakfast and asked for two sausages and got two torpedoes instead. »

John Kinch

Survivant du HMCS Charlottetown

HMCS Chedabucto

Le 21 octobre 1943

Collision avec le SS Lord Kelvin

Près de Saint-Siméon, Côte-Nord du fleuve Saint-Laurent

Vers 6 heures, le SS Lord Kelvin et le HMCS Chedabucto se rendent à un point de rencontre à partir duquel le Chedabucto doit escorter le navire marchand. Or, ils se heurtent violemment. Cet accident est attribuable à une erreur humaine. L'inexpérience et le manque de connaissances en navigation de certains officiers ont entrané des erreurs de pilotage et, fatalement, la mort d'un membre de l'équipage.

HMCS Magog

Torpillé le 14 octobre 1944

Au large de Pointe-des-Monts sur la Côte-Nord

Déclaré par la suite perte totale.

Le sous-marin U-1223 prend en chasse le convoi ONS-33.

Il torpille la frégate d'escorte HMCS Magog. Bien que celle-ci ne coule pas, l'attaque entrane tout de même la mort de 3 marins.

Rapidement le HMCS Toronto se charge de remorquer la frégate, mais il doit suspendre l'opération pour chasser le sous-marin. C'est alors qu'entre en scène le HMCS Shawinigan qui conduit la frégate à un endroit sûr, la baie de Godbout. Enfin, le lendemain, le Lord Strathcona remorque la HMCS Magog jusqu'à Québec. Considérée comme une perte totale, la frégate sera vendue à la ferraille en 1945.

« Les familles de la Pointe [ Pointe-des-Monts, Côte-Nord ], autant les Fafard que les Comeau assistent alors à un formidable ballet maritime : les frégates et corvettes, toutes sirènes d'alarme déclenchées, enveloppent le convoi d'un épais brouillard artificiel, alors que les geysers surgissent ici et là avec le lancement des grenades sous-marines. »

Alphonsia Fafard

Épouse du gardien de phare

HMCS Shawinigan

Torpillé dans la nuit du 24 au 25 novembre 1944

Dans le détroit de Cabot

Le 24 novembre 1944, la corvette HMCS Shawinigan escorte le traversier SS Burgeo de Sydney en Nouvelle Écosse à Port aux Basques à Terre-Neuve. Aux petites heures du matin, le SS Burgeo va à la rencontre de son escorte pour effectuer le voyage de retour. La corvette n'y est pas. Réticent à briser le silence radio de rigueur en temps de guerre, le capitaine du traversier effectue son voyage seul. De retour à Sydney, il informe les autorités canadiennes de la disparition de la corvette. Les recherches ne permettront de retrouver seulement que six corps des 90 marins décédés.

USS Laramie

Torpillé le 27 août 1942

Dans le détroit de Belle-Isle

Pétrolier militaire de la Marine américaine, le USS Laramie quitte le port de Boston afin de livrer des grenades sous-marines et du carburant pour avions à la base aérienne américaine du Groenland. Le voyage s'arrête lorsqu'une torpille détruit les quartiers de l'équipage et une partie des réservoirs de carburant du bâtiment tuant sur le coup 5 membres de l'équipage. Remorqué jusqu'à Sydney en Nouvelle-Écosse, le USS Laramie retournera à Boston pour y être réparé.

« Why the ship didn't blow us all to kingdom come is one of the miracles of war. My next watch was on the port side of the bridge as lookout. Well that was that night and after everything settled down we buried my shipmates at sea on September 2nd. That was the saddest moment of my life having to watch them go overboard. »

Ramon Jackson

Survivant du USS Laramie

Navires marchands perdus dans le Saint-Laurent en 1942 et 1944

SS Nicoya

Torpillé la nuit du 11 au 12 mai 1942

Au nord de Pointe-à-la-Frégate

L'évacuation du navire commence lorsqu'une première torpille atteint le navire. Difficiles, ces opérations sont compliquées quand une deuxième torpille percute le navire et fracasse une embarcation de secours. De plus, une autre chaloupe encore attachée au navire passe sous l'eau et entrane la mort de quelques hommes. Heureusement, des survivants réussissent à couper la corde et refont surface. Ce n'est que plusieurs heures plus tard que les rescapés atteignent le rivage dans les secteurs de L'Anse-à-Valleau et de Cloridorme en Gaspésie. Six membres de l'équipage perdent la vie durant cette nuit.

Suite à cette perte, la Marine royale canadienne enclenche la troisième étape de son plan de défense en instituant le système de convois de navires.

SS Leto

Torpillé la nuit du 11 au 12 mai 1942

Au nord de Rivière-la-Madeleine

Quelques heures après le SS Nicoya, un deuxième navire est coulé. Des 12 marins décédés dans cette tragédie, 2 sont enterrés en sol gaspésien. Willem Koning, malgré les manoevres de réanimation, ne survit pas à l'épuisement et au froid. Il est enterré le 12 mai 1942 à Pointe-au-Père dans la partie non-consacrée du cimetière. Un deuxième marin du SS Leto, F. Van Hoogdalem, est, pour sa part, enterré au cimetière de Grande-Vallée. Contrairement à Koning, il a droit à une sépulture catholique comme en font foi les registres de la paroisse.

5 JUILLET 1942 - UN TRIPLÉ

Navires torpillés : SS Hainaut, SS Anastassios Pateras, SS Dinaric

Situation : 9 milles marins au large de Cap-Chat

Heure du premier impact de torpille : 23 h 20 HAE

Par temps clair, mer calme et nuit noire, les 12 navires du convoi QS-15 se dirigent à 6 noeuds vers la Grande-Bretagne via Sydney, Nouvelle-Écosse. L'un après l'autre 3 d'entre eux explosent, flambent puis commencent à couler. À l'aube, les naufragés épuisés atteignent la grève de Cap-Chat dans leurs canots de sauvetage. D'abord recueillis par des familles du village, ils sont ensuite transférés à Sainte-Anne-des-Monts pour y être nourris, vêtus, soignés à l'hôpital et logés.

En vacances à l'hôtel À la Bonne Table, les trois membres de la famille Villa et une amie de leur fille prennent leur repas. Ils remarquent un groupe d'hommes à l'autre bout de la salle à manger. Le père, polyglotte, tend l'oreille et note qu'ils parlent tour à tour le flamand et le français avec l'accent belge. Thérèse Villa raconte encore aujourd'hui l'événement demeuré si présent dans sa mémoire. Parce qu'il surveille quotidiennement le déroulement de la guerre, son père croit comprendre de qui il s'agit. Il se lève de table pour aller leur parler. Ce sont effectivement les officiers du SS Hainaut qui a coulé la veille, vingt minutes après avoir été torpillé. De bonnes relations se nouent rapidement, d'autant plus que la maman est native d'Arras, près de la frontière franco-belge.

Dans les heures qui suivront, leur connaissance du français permettra à ces marins un chaleureux contact avec les villégiateurs et les Gaspésiens. Pour les deux fillettes, constamment sur les talons des sympathiques officiers belges, un souvenir ineffaçable s'installe. Le 7 juillet 1942, la joie fait place à la tristesse. L'équipage du SS Hainaut, moins un disparu, est emmené en autocar vers d'autres missions et l'affrontement de nouveaux dangers.

Pour venir en aide aux rescapés du SS Anastasios Pateras, la famille de Lise Gagnon héberge pendant 4 jours un marin hollandais du nom de Michel « Dun Dun ». Craignant de reprendre la mer, le marin offre ses services à la famille dans l'espoir de demeurer chez elle. Tristement, il doit se résigner à partir lorsque la police vient le chercher le 9 juillet 1942.

Témoignage de Madame Lise Gagnon

Cap-Chat

SS Chatham

Torpillé le 27 août 1942

Dans le détroit de Belle-Isle

Transporteur de troupes, le SS Chatham est en route vers le Groenland. Vers 8 heures 30, la chambre des machines et les réservoirs de mazout sont atteints par une torpille allemande. L'explosion est retentissante et provoque l'enfoncement du navire jusqu'au premier pont. Graduellement le navire sombre complètement. Ce n'est qu'en après-midi que le sauvetage des passagers commence pour se terminer vers 21 heures. Sur les 562 passagers, 13 perdent la vie durant cette attaque.

« Ce n'est que vers 20 h - 21 h que la corvette américaine Mojave nous secourut. [...] Le capitaine nous fit tous coucher à plat ventre sur le pont et à l'aide d'un boyau nous lava. Par après, on descendit dans la cale. Je me souviens, j'étais appuyé contre un poteau, presque aveugle, mes vêtements complètement imprégnés et la peau de mon corps brûlée par l'huile, mais soulagé d'être bien vivant. »

Donat Léger

Survivant du SS Chatham

SS Oakton

Torpillé le 7 septembre 1942

Devant Cap Gaspé

En moins de 5 minutes, le navire s'engouffre à jamais dans les eaux du fleuve Saint-Laurent. Trop loin pour être entendus des rescapés —mais assez près pour être vus— deux autres navires du même convoi, le QS 33, subissent un sort similaire au SS Oakton. Les SS Mount Pindus et SS Mount Taygetus coulent rapidement après avoir été atteints par les torpilles du U-517. En 15 minutes, les trois navires sont coulés.

Selon Laurent Marchand

Survivant du SS Oakton

SS Inger Elisabeth

Torpillé le 15 septembre 1942

Près des rives de Gaspé

« Nous étions en plein combat dans le golfe du Saint-Laurent et le [ Inger Elisabeth ] a été torpillé et un des hommes sur le pont du navire marchand a été emporté et est tombé dans la mer. J'ai envoyé un bateau le repêcher, mais il était mort [...]. J'ai organisé un service funèbre, ce qui était très risqué parce que nous ne savions pas au juste combien il y avait de sous-marins autour. [...] Alors j'ai décidé de dire adieu avec dignité au pauvre type [...]. La seule chose que je n'ai pas aimé faire [...] c'est d'arrêter les machines lorsque le corps est passé par-dessus bord —cela faisait partie du cérémonial. Puis on a filé aussi vite que possible parce qu'on ne voulait pas que les Boches nous aperçoivent [...]. »

Harold Beament

Peintre de guerre

Tableaux de guerre : reflets de l'expérience canadienne, 1914 à 1945

SS Essex Lance

Torpillé le 16 septembre 1942

Au large de Cap-Chat

Le SS Essex Lance est une perte totale, mais tous les membres de l'équipage sont sains et saufs. En voulant récupérer leurs effets personnels quelques heures après le torpillage, alors qu'il est évident que le navire ne coulera pas, certains membres d'équipage constatent que plusieurs choses ont été volées sur le navire. Une hypothèse pour expliquer ces vols veut que des Allemands aient abordé le navire, car on a trouvé un billet de 100 mark dans une cabine. Une enquête de la Police Montée rétablit les faits et permet de récupérer la quasi-totalité des articles manquants.

« On the 1-10-42, it was learned from Montreal Naval Control, that a seaman by the name of Brown, admitted having several German 100 mark Notes in his possession when the ship was torpedoed. Apparently he had obtained these Notes in 1938-39 and had kept them as souvenirs. »

Extrait d'un rapport de la Police Montée du 19 octobre 1942.

SS Caribou

Torpillé le 14 octobre 1942

Dans le détroit de Cabot

Vers 3 hrs 25, le HMCS Grandmère aperçoit l'inconcevable. Le SS Caribou, un traversier, est en train de couler dans le détroit de Cabot. Alors commence une nuit d'enfer où le HMCS Grandmère voudrait contre-attaquer, mais le sous-marin demeure tout près des naufragés. Le risque est trop grand. Le U-Boot s'en tire indemne alors que 136 personnes, dont 16 femmes et 14 enfants, périssent. L'opération de secours ne permettra de sauver que 101 personnes.

Un sous-marin allemand a torpillé le « Caribou » dans le détroit de Cabot

« Le torpillage du Caribou démontre le caractère hideux de la guerre sous-marine allemande. Le Canada n'oubliera jamais le « Caribou » . »

L'Action Catholique

17 octobre 1942

Sous-marins allemands dans le Saint-Laurent en 1942 et 1944

  NOMBRE DE NAVIRES TORPILLÉS NOMBRE DE MORTS
U-43 0 0
U-69 2 147
U-106 1 0
U-132 4 12
U-165 5 44
U-262 0 0
U-517 9 50
U-518 0 0
U-536 0 0
U-541 0 0
U-553 2 18
U-802 0 0
U-1223 2 3
U-1228 1 91
U-1231 0 0
Date de modification :
2012-04-23