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Opération Kiebitz

Musée Naval de Québec


OPÉRATION KIEBITZ

Contexte

Lors de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs prisonniers de guerre allemands sont incarcérés dans des camps au Canada. La situation géographique et les dures conditions climatiques du pays justifient ce choix. Ces prisonniers, considérés comme dangereux parce que possédant des connaissances ou des aptitudes profitables à l'ennemi, ou parce qu'appartenant à des groupes jugés dangereux, sont gardés sous surveillance loin des combats.


Introduction

Malgré l'isolement des camps outre-Atlantique, plusieurs prisonniers échafaudent des plans pour s'évader, et dans certains cas les mettent à exécution. C'est le cas du prisonnier allemand Otto Kretschmer, instigateur d'un projet d'évasion qui a donné lieu à une vaste opération militaire impliquant la marine allemande, l'armée et la marine canadienne.

La stratégie de l'opération, baptisée opération Kiebitz par les autorités allemandes avait comme objectif l'évasion de prisonniers allemands et leur embarquement à bord d'un sous-marin venu les attendre dans la baie des Chaleurs.

Les Canadiens, comme contre-attaque, planifièrent l'opération de Pointe Maisonnette. Ils cherchaient à appréhender le prisonnier allemand qui avait réussi à s'échapper et à capturer le sous-marin qui avait comme mission de recueillir le fugitif.


I. LE PROJET D'ÉVASION DES PRISONNIERS ALLEMANDS

Camp 30, Bowmanville, Ontario

Otto Kretschmer imagine son plan d'évasion alors qu'il est détenu au camp 30, à Bowmanville, Ontario. Situé sur le lac Ontario, à quelque quatre-vingt kilomètres de Toronto, ce camp garde en ses murs des prisonniers de guerre possédant une fiche de combat exceptionnelle et qui sont susceptibles de tenter plusieurs évasions.
 
Préparation de l'évasion

À l'automne 1942, l'officier Kretschmer, surnommé le Loup de l'Atlantique, élabore un projet d'évasion qui permettrait à quatre officiers, dont lui, de s'enfuir du camp. Les trois autres sont également des officiers de sous-marins : Kapitänleutnant Hans Ey du U-433, coulé le 16 novembre 1941, Horst Elfe du U-93, coulé le 15 janvier 1942, et Joachim von Knebel-Döberitz, officier exécutif. Dans un article publié dans L'Action catholique de 1957, Krestchmer explique ce qui l'amena à choisir Pointe Maisonnette comme lieu de rendez-vous :

« Je possédais un Atlas que je m'étais procuré en Angleterre; c'était un bel Atlas d'école où nous pouvions étudier avec attention la côte orientale du Canada.

Là où le Saint-Laurent se jette dans la mer, le long des rivages de la grande embouchure, nous avions localisé un grand nombre de baies. L'une d'elles, dite baie des Chaleurs, attira notre attention à cause d'un cap qui s'y avançait et qui pouvait être propice à l'évasion. Le cap avait nom Pointe Maisonnette.

Nous pouvions facilement atteindre Pointe Maisonnette en trois ou quatre jours si les conditions de marche se révélaient un tant soit peu favorables. Une fois sur place, il nous serait possible de nous embarquer à bord d'un sous-marin que nous enverrait l'amiral Dönitz. L'important était de décider le BdU, le commandant en chef de la flotte de sous-marins, l'amiral Dönitz, à nous dépêcher un sous-marin. »

Extrait puisé dans l'ouvrage de Yves Bernard et de Caroline Bergeron, Trop loin de Berlin. Des prisonniers allemands au Canada (1939-1946), p. 216.

C'est par l'entremise de l'épouse de von Knebel-Döberitz, secrétaire de l'amiral Dönitz, que le prisonnier Kretschmer entre en contact avec le commandant de la Kriegsmarine. Dans une lettre codée, il fait part à Dönitz de son intention de s'évader et propose l'endroit où il voudrait que les fugitifs soient récupérés par un sous-marin. Suite à l'accord de l'amiral, les préparatifs pour mener à bien le plan d'évasion sont entrepris. La sortie du camp se fera par un tunnel qui débouchera assez loin à l'extérieur du camp et des barbelés. Afin de tromper les gardes, le creusage de trois tunnels sont entrepris simultanément. La terre retirée du tunnel est cachée dans le plafond des dortoirs. Après quatre mois, deux tunnels sont abandonnés afin de concentrer les efforts sur le troisième. Plus de 150 hommes travaillent aux tunnels en se relayant jour et nuit sur des quarts de travail. Quelques hommes s'occupent de préparer le matériel nécessaire à la fuite des prisonniers comme des mannequins pouvant se substituer aux évadés, des faux papiers d'identité, des vêtements civils ainsi que des vivres.

Durant les travaux, des messages codés sont envoyés en Allemagne afin d'en indiquer l'évolution. En août 1943, lorsque le tunnel est presque complété, un échange de lettres codées et de transmissions radios servent à déterminer la date d'évasion. Une réponse codée provenant de l'amiral Dönitz indique qu'un submersible, le U-536, commandé par le lieutenant de vaisseau Schauenburg, fera surface pendant deux heures à chaque nuit durant deux semaines, et ce à compter du 23 septembre 1943. Kretschmer et ses trois acolytes auront ainsi 14 jours après leur évasion pour atteindre le lieu de rendez-vous de Pointe Maisonnette, dans la baie des Chaleurs.
 
L'évasion

À une semaine de la date fixée pour l'évasion, les plans sont abruptement modifiés par deux incidents. Une nuit, alors que des prisonniers dorment, le plafond où ils entassent la terre provenant du tunnel cède. Les gardiens, alertés par le vacarme et intrigués par la quantité de terre tombée du plafond, se mettent à en chercher la provenance. Le troisième tunnel n'ayant pas été découvert par les autorités du camp, Kretschmer, devant l'urgence de la situation, décide de passer à l'action dès la nuit tombée. Mais, le jour même où il a mis de l'avant cette idée, un second incident se produit et met fin au projet d'évasion des quatre officiers allemands. Alors qu'un prisonnier creuse près de la clôture du camp pour remplir de terre ses boîtes à fleurs, le sol s'effondre, montrant ainsi la sortie du troisième tunnel aux gardiens. Les prisonniers qui devaient initialement s'évader, Kretschmer, Ey, von Knebel et Elfe, sont arrêtés et gardés sous haute surveillance.

Ce que Krestchmer et ses compagnons ignorent, c'est que la Gendarmerie royale canadienne est au courant de leur plan depuis longtemps. En effet, la GRC collabore avec l'Intelligence militaire canadienne, service qui a réussi à décoder le contenu des messages que les prisonniers et l'Amirauté allemande s'échangent. Ils ont mis la main, entre autres sur des cartes géographiques de l'est du Canada. Charles Little, commandant de l'Intelligence navale canadienne lors de la Deuxième Guerre mondiale, raconte la découverte du plan d'évasion : « Un colis suspect était adressé à l'un des prisonniers allemands du camp de Bowmanville. Après l'avoir ouvert avec précaution, nous avons trouvé une carte pour un sauvetage dans la baie des Chaleurs. Alerté, je suis allé voir l'amiral Nelles ainsi que l'officier de l'armée en charge des camps de prisonniers de guerre, pour leur expliquer la situation et pour leur proposer un plan. »

Afin d'en savoir un peu plus sur ce projet d'évasion, le commissaire Harvison de la GRC a installé un microphone qui a détecté la présence d'un tunnel et qui a intercepté des bruits de creusage. La découverte du plan d'évasion n'a naturellement pas été dévoilée aux prisonniers allemands. L'intention de la Gendarmerie royale et des autorités du camp est de les laisser continuer à creuser et de les cueillir lorsqu'ils sortiront du tunnel. Les deux incidents ne font qu'accélerer l'échec de ce projet d'évasion.

Devant l'échec du plan de Kretschmer, le Kapitänleutnant Wolfgang Heyda, un autre officier incarcéré à Bowmanville, propose lui aussi son plan de fuite.

Insistant sur la présence du sous-marin allemand le long des côtes canadiennes, Heyda réussit à convaincre Kretschmer, l'officier senior du camp, d'accepter sa proposition.

Quoique moins sophistiqué, le plan de Heyda compense par son audace et sa témérité. On munit l'officier Heyda d'un faux certificat d'enregistrement national, d'une nouvelle identité ainsi que d'un faux document signé par le chef de l'état-major de la marine, l'amiral Percy Nelles. En outre, on lui donne des habits civils, une chaise de matelot, c'est-à-dire d'un siège fait de cordes et pouvant s'accrocher à des câbles, puis on fixe des clous à ses bottes pour en faire des crampons.

Après avoir revêtu ses habits civils et dissimulé sous ses vêtements sa chaise de matelot, Heyda se cache dans un baraquement destiné aux sports pendant qu'un mannequin prend sa place pour la parade d'appel du soir. La nuit venue, profitant d'une diversion orchestrée par les autres prisonniers, Heyda sort de sa cachette et entreprend d'escalader un poteau de la clôture du camp à l'aide de ses crampons. Arrivé au fate de la clôture, il s'installe sur sa chaise, s'accroche aux cordes et se balance dans le vide. Il parvient à arriver de l'autre côté sans embûches et sans se faire intercepter par les gardiens du camp. Après son évasion de Bowmanville, en voyageant par train, Heyda réussit à atteindre Bathurst, Nouveau-Brunswick, le 26 septembre 1943. Il effectue ensuite le trajet à pieds jusqu'au point de rendez-vous, soit Pointe Maisonnette. En chemin, il se fait intercepter par une patrouille militaire, mais ses faux papiers et ses vêtements civils le sauvent. À la fin de la soirée, il est enfin arrivé à l'endroit prévu.


II. LA MISSION SECRÈTE DU SOUS-MARIN ALLEMAND, U-536

Schauenburg et l'opération Kiebitz

En juillet 1943, le Kapitäleutnant Rolf Schauenburg se voit confier une mission spéciale sur les côtes du Canada par le chef de l'état-major de la marine allemande, l'amiral Karl Dönitz. De retour à la base de Lorient, en France, après une semaine de permission, Schauenburg apprend que l'opération dont il s'est vue confier la tâche vise à récupérer le long de la côte dans la baie des Chaleurs quatre prisonniers allemands évadés. Avant son départ, le commandant du sous-marin reçoit un courrier spécial contenant des cartes géographiques ainsi que des instructions sous scellés qu'il ne doit ouvrir qu'une fois arrivé à destination. L'équipage ne doit rien savoir de la nature et du lieu de la mission avant que le sous-marin ne soit en vue du phare de Pointe Maisonnette.

Le U-536 en route vers le Canada

Parti de la base de Lorient le 29 août 1943, le U-536 doit d'abord se diriger vers le nord des Açores pour y effectuer une patrouille. Attaqué par un avion Wellington de la RAF (Royal Air Force) alors qu'il quitte le golfe de Gascogne, le U-536 poursuit sa route. C'est à ce moment qu'il reçoit le signal de l'Amirauté allemande : « Le 12 septembre, commandant Schauenburg, effectuez opération Kiebitz. » Schauenburg se dirige donc vers les côtes canadiennes pour arriver dans le golfe Saint-Laurent le 16 septembre 1943. À l'entrée du golfe, il réussit à se faufiler à travers une flotille de navires canadiens effectuant de la patrouille. Dans le magazine allemand Krystal de septembre 1956, cité dans l'ouvrage Trop loin de Berlin. Des prisonniers allemands au Canada (1939-1946), Schauenburg raconte son voyage vers la baie des Chaleurs :

« Nous avons navigué en faisant de grands arcs jusqu'à l'le d'Anticosti. Nous avons poursuivi ensuite vers la baie des Chaleurs. Nos ordres étaient d'entrer en contact avec les prisonniers et d'attendre leurs signaux lumineux à compter du 26 septembre. »

Les signaux faits au moyen d'une lampe de poche puissante ou d'un projecteur par les fugitifs devaient indiquer le lieu de rendez-vous. Une fois le sous-marin à proximité de la côte, il devait envoyer à terre un officier allemand ainsi qu'un assistant dans un canot pour récupérer les fugitifs.


III. LES FORCES ARMÉE CANADIENNES SE PRÉPARENT POUR LA CAPTURE

Préparation sur mer

Tout comme la Gendarmerie royale, le haut commandement de la Marine royale canadienne a eu vent du plan d'évasion orchestré par les Allemands. Les services secrets britanniques, qui ont déjà réussi à décrypter le code de communication Enigma, ont même intercepté les grandes lignes de l'opération.

La Marine royale canadienne constitue une flotille de navires afin de patrouiller la zone sud de la baie des Chaleurs. En effet, dès le 25 septembre, un destroyer, le HMCS Chelsea, trois corvettes, le HMCS Agassiz, le HMCS Shawinigan et le HMCS Lethbridge, cinq dragueurs de mines canadiens, des fairmiles et la corvette HMCS Rimouski sont postés dans la baie et doivent en assurer le blocus lorsque le U-536 y fera son entrée. Ils ont également comme mission de couler le sous-marin allemand.

Pour cette opération secrète, la Marine royale canadienne utilise sur une de ses corvettes une nouvelle technique de camouflage. À cette époque, le HMCS Rimouski est muni d'un système de projecteurs qui lui permet, la nuit venue, de se rendre presque invisible à l'ennemi. Cette technique de camouflage lumineux rend le navire indétectable aux yeux d'un observateur lointain, et difficile à voir et à identifier de plus près. C'est le lieutenant Pickford, aujourd'hui contre-amiral à la retraite, qui est commandant de la corvette HMCS Rimouski au moment de l'opération de la baie des Chaleurs.

Pickford nous relate quel était le rôle du HMCS Rimouski dans cette mission secrète : « Ils avaient installé une station radar et des postes d'observation sur la plage, et quand ils auraient une indication de la présence du U-Boot, le HMCS Rimouski, parce qu'il utilisait la technique du camouflage lumineux, abandonnerait la patrouille et entrerait seul dans la baie. Naviguant lentement avec ses feux de navigation et son camouflage, il donnerait l'illusion qu'il était un petit bateau jusqu'à ce qu'il capture le sous-marin. »

Extrait textuel tiré du recueil d'entrevue Salty Dips,Vol. 1. p. 4-5

Ce plan n'est toutefois pas le plan initial, qui a été rejeté par l'Amirauté canadienne et par le Service d'Intelligence britannique. Les Alliés ne veulent pas que les Allemands apprennent qu'ils ont brisé le code de l'Enigma. Ce plan initial consistait à aborder le sous-marin lorsqu'il ferait surface. Une équipe entranée pour ce genre de mission se trouverait à bord d'un bateau de pêche au homard armé, et lorsque le sous-marin ferait surface, elle devrait monter à bord et lancer une chane dans la tourelle pour éviter que l'écoutille ne se referme.

Préparation sur terre

Desmond Piers, responsable des opérations sur terre, nous raconte de quelle façon il a été mis au courant de cette mission secrète : « Un jour, j'ai été convoqué dans une pièce où il y avait trois hommes, entre autre l'amiral Puxley et le capitaine Hill, capitaine des sous-marins canadiens. Ce que nous allions entendre était secret et il devait le rester même pour nos épouses. L'amiral Puxley se mit à nous raconter que des prisonniers allemands du camp de Bowmanville en Ontario avaient planifié de s'échapper. Kretschemer, un capitaine de U-Boot et d'autres sous-mariniers avaient comme projet de se rendre à la baie des Chaleurs et de se faire recueillir par un sous-marin. »

Dès l'été 1943, Murray a envoyé le lieutenant Piers et le capitaine Hill dans la baie des Chaleurs afin de veiller à l'installation de deux postes de radars mobiles. Le transport de ces radars a été réalisé par l'un des bataillons du Royal Canadian Engineer.

À la tête de ce bataillon, le capitaine Lafond raconte le rôle qu'il a joué dans cette mission secrète : « Il me faut organiser un convoi comprenant deux radars, avec ses génératrices, le personnel préposé à leur opération, soit une quarantaine de soldats du R.C.A., plus une section de sapeurs, en plus de 24 des chauffeurs de l'Army Service Corps. [...] Pourquoi tout cela? Je ne suis pas sûr si je l'ai appris tout de suite, ou seulement rendu à Bathurst de la bouche du capitaine qui nous attendait. De toute façon l'objectif de ce déplacement hâtif était de saisir un sous-marin allemand dans la baie de Caraquet au nord de Bathurst. »

Extrait textuel tiré de l'article Le sous-marin de Maisonnette et les radars de la Gaspésie dans la Revue d'histoire de la Société historique Nicolas-Denys.

Les deux radars arrivés à destination, on les installe de chaque côté du phare de Pointe Maisonnette, à une distance de deux milles. Constituées de deux camions et de deux remorques, ces unités sont cependant très visibles pour l'ennemi. Le lieutenant Piers, aujourd'hui contre-amiral à la retraite, a installé son quartier général dans le phare. Son travail est de surveiller l'arrivée du sous-marin allemand sur ses écrans radars et d'en avertir les navires postés dans la baie qui se chargeront de torpiller le submersible


IV. ÉCHEC DE L'OPÉRATION KIEBITZ ET DE L'OPÉRATION DE POINTE MAISONNETTE

Capture du prisonnier Heyda

Arrêté une seconde fois, Heyda n'est pas appréhendé par la GRC qui le laisse filer après avoir vérifié son identité. Intercepté quelques moments plus tard sur la plage par des sentinelles, Heyda se fait conduire au phare de Pointe Maisonnette pour être interrogé par le lieutenant Piers. Convaincu qu'il s'agit d'un des prisonniers évadés du camp de Bowmanville, il le traite avec civilité et le laisse s'expliquer. Heyda prétend être un ancien membre du corps de génie de l'Armée canadienne licencié pour se joindre à la compagnie Northern Electric. Il tente de convaincre Piers qu'il doit fabriquer de l'équipement anti-sous-marin dans la lutte contre les U-boots allemands présents dans l'Atlantique. Il a en sa possession une lettre de licenciement de l'Armée canadienne, une carte d'identité, une lettre de remerciements du chef de l'état-major de la marine pour le travail accompli, des billets canadiens et américains, une boussole faite à la main ainsi que des chocolats de la Croix-Rouge allemande. Plusieurs éléments ont contribué à le trahir : la nature de son travail, la fausse signature du chef de l'état-major de la marine, la date d'émission des billets d'argent et surtout les chocolats provenant de l'Allemagne.

Démasqué, Heyda dévoile sa véritable identité, sans toutefois révéler d'autres détails. La convention de Genève n'exige pas d'autres informations de la part des ennemis capturés. Dans l'ouvrage de Jean-Guy Dugas, Opération Kiebitz. Un Rendez-vous à Pointe Maisonnette, Piers raconte ce qui s'est passé par la suite :

« Je lui ai exprimé mes regrets, mais je devais le renvoyer en détention. J'ai téléphoné à la GRC. Ils sont venus avec une voiture et quelques moments plus tard, je le remettais entre leurs mains.

Heyda fut renvoyé à Bowmanville trois jours plus tard avec une certaine réticence, puisqu'il pouvait raconter à ses collègues et à Otto Kretschmer que son plan d'évasion avait été contrecarré et que la source d'intelligence avait été découverte, ce qui n'était pas bon pour la cause alliée. »
 
Recherche et fuite du sous-marin allemand U-536

En attente de signaux depuis le 26 septembre, l'équipage du sous-marin refait surface la nuit du 27 septembre dans l'espoir d'avoir un signal des prisonniers évadés. Perplexe devant l'absence de signal d'activités, le commandant Schauenburg appelle sans qu'aucune réponse ne lui parvienne.

Lors de l'interrogatoire du prisonnier allemand évadé, Wolfgang Heyda, l'opérateur radar canadien reçoit un contact l'avertissant de la venue du U-boot à proximité de la côte. Piers envoie alors un message aux navires postés dans la baie leur annonçant la présence du sous-marin. Pickford raconte quel était son rôle à bord de la corvette HMCS Rimouski :

« Finalement, ils ont eu un message. C'était un contact radar. Le plan était le suivant : la corvette HMCS Rimouski avance dans la baie par elle-même avec son camouflage lumineux qui la rendait moins visible. Les feux de navigation étaient éteints comme un navire marchand aurait fait dans la même situation. Nous avions à nous faufiler vers le sous-marin et si c'était possible le capturer. Nous nous sommes donc avancés dans la baie, illuminés comme un sapin de Noël.»

Extrait tiré de l'entrevue du contre-amiral R. John Pickford dans la série Seasoned Sailors.

Un officier anglais parlant allemand tente d'entrer en communication avec le U-536, mais sans succès.

Tout à coup, l'opérateur radio du sous-marin reçoit un message en allemand disant : « Approchez, approchez. » Ce message n'est toutefois pas le bon et n'a pas été lancé sur la bonne fréquence. Méfiant, le capitaine du sous-marin décide de s'éloigner de la côte et d'entrer en plongée. Il fait descendre le submersible à quelques 30 mètres de profondeur et fait cesser toute activité. Sans obtenir de contacts radio sur la localisation du U-536, les navires canadiens tentent de le chasser en lâchant des grenades sous-marines une partie de la nuit. Dès lors, des charges de profondeur se mettent à pleuvoir autour du sous-marin, qui ne subit que de légers dommages. Après avoir attendu quelques heures que les attaques cessent, Schauenburg fait changer le sous-marin d'endroit pour le déplacer au milieu de la baie des Chaleurs, à 40 mètres de profondeur. Le lendemain, à l'aube, vers six heures, la baie est libre, aucune trace de navire et aucun signe du U-boot. Une journée plus tard, en sortant de la baie à la hauteur de l'le de Miscou, le sous-marin s'empêtre dans les filets d'un chalutier. Durant quelques minutes, il remorque le petit bateau de pêche. Réussissant à se dégager, l'équipage du sous-marin constatera plus tard que des débris du filet sont restés accrochés à la tourelle du submersible.

Ce n'est qu'à la nuit tombante que le commandant allemand se décide à refaire surface. À environ 300 mètres, il aperçoit trois destroyers et un bateau de pêche. Repéré presque immédiatement par les navires canadiens, le sous-marin s'empresse de replonger et de se diriger en eaux peu profondes le long du rivage. Après une attente de deux heures, les explosions cessent et le sous-marin refait surface pour sortir de la baie et se diriger vers le détroit de Cabot. Durant la fuite du U-536, l'équipage est sérieusement ébranlé par les longues heures d'immersion ainsi que par le changement rapide de pression. En effet, de nombreux membres de l'équipage ont perdu connaissance et se sont retrouvés incommodés par l'air vicié qu'ils respiraient. Comme Schauenburg le raconte dans le magazine Krystal, cité dans l'ouvrage Trop loin de Berlin. Des prisonniers allemands au Canada 1939-1946 :

« Je n'avais qu'un seul objectif : trouver une zone tranquille à 600 milles nautiques vers le sud, c'est-à-dire au-delà de la zone opérationnelle de l'aviation ennemie. Nous avions un urgent besoin de refaire surface pour permettre aux hommes de récupérer et de faire ensuite les réparations. L'expérience de la baie des Chaleurs nous avait durement éprouvés. »

Le 5 octobre 1943, alors qu'il fait route vers le Portugal, Schauenburg communique avec l'Amirauté allemande pour l'aviser que l'opération Kiebitz a échoué.

Le 20 novembre 1943, le U-536 est coulé par le HMCS Snowberry, le HMCS Calgary, ainsi que le HMS Nene. Une partie de l'équipage est rescapée.

Date de modification :
2012-04-23